vendredi 12 mars 2010
Par D le vendredi 12 mars 2010, 19:30
Le premier nom du village de
Saint Paul (1), attesté depuis 1170 était SAINT PAUL DE LA
FOZ. Le substantif « la foz » désignait la « résurgence »,
c'est-à-dire la première sortie à l'air libre d'un écoulement souterrain, de
LABEL, rivière que trouve sa source en amont et traverse le village. Il s’agit
d’un terme spécifique qui vient du latin FAUCEM, la gorge, et qui désigne un
type particulier de source différent à la fois de la « font »
(fontem) et de « la dou » ou « l’adou » (ad ducem).
Plus tard, dans les conforts
de 1241, le village est désigné par référence à son château et
le texte précise à propos du « mas Mazel » « Loqual mas es e
la parrochia de S. Paul de la Rocca Trebalo ». Cette dénomination de
ST PAUL DE LA ROCCA TREBALO » se rencontrera plusieurs fois au cours du
XIIIéme siècle.
Mais à partir de
1322, le village reprend le nom de ses résurgences, au pluriel
cette fois, et le nom devient ST PAUL DE LAS FOZ.
Lorsque la forme de ce nom
est latinisée en 1469 en ST PAULUS DE FONTIBUS, une erreur est
commise sur le type de source des rivières de l’ADOU et de LABEL et cette
erreur se perpétue aujourd’hui avec le nom de SAINT PAUL-DES-FONTS.
(1) Voir André Soutou, La
commanderie de Sainte Eulalie de Larzac, C. Lacour ed. 1999
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Par D le vendredi 12 mars 2010, 15:18
Le XI éme siècle fut riche en construction de « châteaux » et
Saint Paul-des-Fonts en fut bien pourvu. André Soutou (1), dans son ouvrage que
en identifie deux sur le territoire de Saint Paul-des-Fonts : le château
d’Annou et celui de Roque Tréboul.
Le château
d’Annou
Le « Château
d’Annou » fut l’un des plus anciens châteaux du Larzac, selon cet auteur,
puisqu’il est signalé en 1027 prés du lieudit « Mas Bouosc », au Sud
Est du Vialaret. Il aurait été bâti, pour certains, sur le rocher appelé par le
cadastre « Castel Monbel », pour d’autres sur l’autre rive de
l’annou, dans une position lui permettant de garder le gué.

Ce château qui a disparu
aujourd’hui devait avoir les caractéristiques d’une motte féodale / motte
castrale propre aux châtellenies du XIeme siècle. Selon Gauvard (2) les
dimensions de ces mottes peuvent varier de 50 à 200 mètres de diamètre et d’une
hauteur de dix à soixante mètres. La tour, en bois, d’un ou deux étages, était
encerclée par une palissade ou un muret aménagés sur une levée de terre et par
un fossé. L’entrée pouvait se faire par un pont amovible gardé par une porte et
une tour en bois. On peut alors imaginer que le Château de l’Annou ressemblait
à cela :

Le château de
Roquetréboul
Le château de la
« Roque Treboulon », dont il ne reste plus de vestiges apparents
était situé au nord du village au lieudit Lou Castel. Il appartenait
primitivement à un seigneur nommé TREBOULON (Trebolo en ancien provençal est un
nom de famille connu dans l’Aveyron). Ce château est mentionné dés la fin du
XII éme siècle (1)
Tapisserie de Dinan
En 1204, le
château est gagé par le roi Pierre d'Aragon en garantie d'un prêt consenti par
le Comte de Toulouse. Le prêt n'ayant pas été remboursé le chateau devint
propriété du comte de Toulouse à la suite du traité de Paris.
Par ailleurs, l’étude des
archives Templières par Antoine Régis Carcenac (3) montre qu’au milieu du XIII
éme siècle, ce château et son mandement était partagé entre divers seigneurs
qui y tenaient en fief leurs parts du Comte de Toulouse. Or la commanderie
Templière de Sainte Eulalie qui possédait de nombreux biens à Saint Paul des
Fonts, cherchait à y étendre ses droits. S’opposant aux autres seigneurs,
l’Ordre du Temple leur fit un procès à propos du « Mas Garnier ». Ce
procès dont on retrouve les traces dans la partie des archives de l’Ordre du
temple consacrées à Saint Paul des Fonts, démontre qu’en 1260 le Comte de
Toulouse gardait bien la suzeraineté du fief de Roquetréboule et atteste avec
quelle opiniâtreté les templiers poursuivaient leur entreprise de domination
dans la région de Saint Paul des Fonts et la forte résistance qui leur était
opposée.
Avec l’annexion à la couronne de France du Comté de Toulouse en 1271, le
château passe sous suzeraineté royale. Il existait encore au XIV éme siècle
lorsqu’en 1362, les habitants de Saint Paul des Fonts sont autorisés à s’y
réfugier et à y déposer leurs meubles ainsi que les produits de leur récoltes,
moyennant l’acquittement d’une redevance (1). Des coffre y auraient encore été
entreposés en 1450.
(1) la Commanderie Templière de Sainte Eulalie de Larzac C. Lacour ed. 1999
p. 69 et s.
(2) dictionnaire du moyen
age p.275
(3) Les templiers du
Larzac ; La commanderie du Temple de Sainte Eulalie de Larzac », C.
Lacour, éditeur, 1994
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jeudi 11 mars 2010
Par D le jeudi 11 mars 2010, 15:24
Brève histoire de
Saint Paul des Fonts 12250 – Aveyron
Le Chalcolithique
(-3.300 / - 2 200 av JC)
Le Chalcolithique désigne la période de
l’Holocène, figurant après le néolithique et avant l’age du bronze, où les
hommes complètent l’usage d’un «outillage principalement en pierre (..) par des
objets en cuivre».
Vers 2.500 av JC, le
climat, alors plus doux, plus chaud et plus humide que de nos jours, connaît un
refroidissement. Le chêne cède le pas au Hêtre accompagné du Sapin qui occupe
toutes les altitudes pré-montagnardes (700 – 1 100 mètres) en particulier
les expositions pluvieuses, ouvertes au vent d’ouest (1). C’est à ce moment que
les premiers habitants de Saint-Paul-des-Fonts donnèrent leur nom à toute une
civilisation : « la civilisation du groupe des
treilles » - du nom de la grotte située dans la falaise de
Saint-Paul-des-Fonts et fouillée par Balsan dans les années trente
(2).

© Musée Fenaille - coll. Société des lettres, sciences et arts de
l'Aveyron
Ces habitants sont alors de
petite taille, à peine 1,63 m en moyenne pour les hommes et environ 1,50m pour
les femmes ; le crâne est dolichocéphale, la musculature puissante, ils ont une
face et un nez hauts et étroits. Leur squelette est robuste et leur capacité
crânienne forte (3)
Ils vivent dans des
grottes qui dominent la vallée, même si depuis le début du néolithique ils
disposent d’habitats de plein air. Ils emploient une vaisselle de terre cuite,
des assiettes, des plats, des écuelles. Ils utilisent encore la hache polie et
la faucille à dents de silex.
Ils cultivent l’orge à grain
nu et des blés à grain vêtu. L’élevage dominant reste celui des chèvres et des
moutons. La chasse, la pêche la cueillette des glands, des noisettes, des
pommes et du genièvre ne constituent plus qu’un appoint.
Ils inhument leurs
morts dans des grottes puis sous des dolmens.

(1) cf. « Histoire du Rouergue », sous la direction de Henri Enjalbert et
Gérard Cholvy, Ed. Privat, Ouest France, 2001, p. 14 et s.
(2) cf : Balsan,
« l’ossuaire des Treilles, P.V. Soc. Let. Av. XXXII, 1938, p. 312
(3) op. cit. « Histoire du
Rouergue », p. 34 et s..
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dimanche 7 mars 2010
Par D le dimanche 7 mars 2010, 18:19
Sur la grand-route antique
de Millau à Lodève, existait aux environs de l’Hospitalet-du-Larzac, un relais
antique avec son habitat gallo-romain et sa nécropole. En août 1983, la
sépulture 71 fut fouillée par M. Alain Vernhet (1). Cette tombe, datée de 100
après J.C., consistait en une fosse à la dimension du corps sur laquelle avait
été pratiquée l’incinération.

Le mobilier funéraire avait
été disposé sur les cendres. Il se composait d’une quarantaine de vases et une
bague avec chaton en pâte de verre (2). Dans un petit caveau annexe (3), une poignée de débris osseux et de cendre
avait été placée, à titre symbolique, dans une urne. Sur l’orifice de cette
urne funéraire étaient posés, l’un sur l’autre, deux fragments d’une plaquette
de plomb. Ces plaques ont subi des traitements violents, brisées, cassées sur
les bords, percées en leur milieu, elles portent les traces d’un acte de
sorcellerie (4) et le plus longs
textes écrits en langue gauloise trouvé à ce jour.

Les textes figurant sur ces
plaques pourrait être traduit ainsi (5):
Face 1a
« Envoie le charme
de ces femmes contre leurs noms (qui sont) ci-dessous; cela (est) un charme de
sorcière ensorcelant des sorcières. Ô Adsagsona, regarde deux fois Severa
Tertionicna, leur sorcière de fil et leur sorcière d'écriture, qu'elle relâche
celui qu'elles auront frappé de defixio; avec un mauvais sort contre leurs
noms, effectue l'ensorcellement du groupe ci-dessous [...] »
Face 1b
« [...] que ces
femmes ci-dessus, nommées, enchantées, soient pour lui réduites à l'impuissance
[...] »
Face 2a
« [...] tout homme
en fonction de juge, qu'elles auraient frappé de defixio, qu'elle annule le
defixio de cet homme; qu'il ne puisse y avoir de sorcière par l'écriture, de
sorcière par le fil, de sorcière donneuse, parmi ces femmes, qui sollicitent
Severa, la sorcière par l'écriture, la sorcière par le fil, l'étrangère
[...] »
Face 2b
« qu'elle n'échappe
pas au mal de l'ensorcelée [...]
Tout d’abord, il convient de
remarquer que la phrase initiale : « insinde se bnanom brict[m
i] eianom anuana » indiquerait que le texte n’est qu’une
contre-mesure visant à retourner contre elles-mêmes des sorts jetés par des
magiciennes ennemies. En outre, les termes « bnanom brictom » ferait
référence à la magie des femmes. Or
c’est là une antique tradition celtique que l’on retrouve dans la littérature
du vieil-irlandais : ainsi Patrice demandât il à Dieu de le protéger,
entre autres dangers contre les trois pouvoirs magiques qu’il peut avoir à
affronter : celui des femmes, celui des forgerons, celui des sorciers
(7).
Et parmi ces magies
« domestiques » dites « de femme » figure la « magie
de liens » et celle « d’écriture ». La magie de lien, dite
katadesmos (ligature) en grec correspond à un
envoûtement, effectué par un lien (du verbe deisthaï) vers le bas (sens du
préfixe kata-) qui vise à vouer aux puissances infernales(8). La magie d’écriture dite « defixio », substantif latin qui vient du verbe
« defigere », consiste en effet à « ficher », fixer en bas,
transpercer. Il s’agit d’une opération magique par laquelle on plante un clou,
on torture quelqu’un ou un substitut, ici une plaque de plomb (9).
Ceux types de magies,
participent de la même idée : lier quelqu’un à une puissance
surnaturelle.
Celui qui voulait agir
contre un adversaire concluait avec les divinités souterraines une sorte de
pacte : il
leur donnait/liait son adversaire et priait ces divinités d'accomplir, ce qu'il
ne pouvait faire lui-même, sur ce qu’il venait de leur offrir/lier (10).
Les Gaulois ont empruntés
cette sorcellerie par l’écriture à leurs nouveaux maîtres. Cette procédure
magique est attestée dans tout le bassin méditerranéen dans l’Antiquité.
Ainsi, les « plombs du
Larzac » sont des missives adressées à une divinité infernale (11) afin de renvoyer à des sorcières le mauvais
sort qu’elles ont jeté, de répondre à la magie noire par un dispositif de
« contre-magie ». Mais c’est aussi
le plus long texte gaulois connu à ce jour et celui qui a réservé aux
linguistes des surprises considérables, non seulement parce qu’il apportait des
mots nouveau d’une « indo-européanité exemplaire », mais surtout
parce qu’il apportait de véritables révélations sur la morphologie et sur la
phonétique de la langue gauloise
La copie de ces plaques de
plomb peut se voir au MUSEE DE
L'HOSPITALET, Place des
Cygnes, 12230L'HOSPITALET DU LARZAC, pour
les visites renseignez vous auprès de la mairie :
http://www.lhospitaletdularzac.fr
Pour
en savoir plus:
_________________________________
(1) A. Vernet Gallia XLIII 1985)
(2) (4) (9) (11) "Oublions un instant la magie d’internet : découvrons
la tablette d’exécration de Rom et à Poitier, un charme contre
l’impuissance ; Comment parler d’une tablette de plomb ou d’argent sans
rompre le charme", Par Denis Montebello Photos, Sébastien Laval et Loïc Hamon
RMN, in L’actualité poitou-charentes, n° 53, p. 25
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