Tag - nécropole gallo-romaine de l’Hospitalet-du-Larzac
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dimanche 7 mars 2010
Par D le dimanche 7 mars 2010, 18:19 - Histoire
Sur la grand-route antique
de Millau à Lodève, existait aux environs de l’Hospitalet-du-Larzac, un relais
antique avec son habitat gallo-romain et sa nécropole. En août 1983, la
sépulture 71 fut fouillée par M. Alain Vernhet (1). Cette tombe, datée de 100
après J.C., consistait en une fosse à la dimension du corps sur laquelle avait
été pratiquée l’incinération.

Le mobilier funéraire avait
été disposé sur les cendres. Il se composait d’une quarantaine de vases et une
bague avec chaton en pâte de verre (2). Dans un petit caveau annexe (3), une poignée de débris osseux et de cendre
avait été placée, à titre symbolique, dans une urne. Sur l’orifice de cette
urne funéraire étaient posés, l’un sur l’autre, deux fragments d’une plaquette
de plomb. Ces plaques ont subi des traitements violents, brisées, cassées sur
les bords, percées en leur milieu, elles portent les traces d’un acte de
sorcellerie (4) et le plus longs
textes écrits en langue gauloise trouvé à ce jour.

Les textes figurant sur ces
plaques pourrait être traduit ainsi (5):
Face 1a
« Envoie le charme
de ces femmes contre leurs noms (qui sont) ci-dessous; cela (est) un charme de
sorcière ensorcelant des sorcières. Ô Adsagsona, regarde deux fois Severa
Tertionicna, leur sorcière de fil et leur sorcière d'écriture, qu'elle relâche
celui qu'elles auront frappé de defixio; avec un mauvais sort contre leurs
noms, effectue l'ensorcellement du groupe ci-dessous [...] »
Face 1b
« [...] que ces
femmes ci-dessus, nommées, enchantées, soient pour lui réduites à l'impuissance
[...] »
Face 2a
« [...] tout homme
en fonction de juge, qu'elles auraient frappé de defixio, qu'elle annule le
defixio de cet homme; qu'il ne puisse y avoir de sorcière par l'écriture, de
sorcière par le fil, de sorcière donneuse, parmi ces femmes, qui sollicitent
Severa, la sorcière par l'écriture, la sorcière par le fil, l'étrangère
[...] »
Face 2b
« qu'elle n'échappe
pas au mal de l'ensorcelée [...]
Tout d’abord, il convient de
remarquer que la phrase initiale : « insinde se bnanom brict[m
i] eianom anuana » indiquerait que le texte n’est qu’une
contre-mesure visant à retourner contre elles-mêmes des sorts jetés par des
magiciennes ennemies. En outre, les termes « bnanom brictom » ferait
référence à la magie des femmes. Or
c’est là une antique tradition celtique que l’on retrouve dans la littérature
du vieil-irlandais : ainsi Patrice demandât il à Dieu de le protéger,
entre autres dangers contre les trois pouvoirs magiques qu’il peut avoir à
affronter : celui des femmes, celui des forgerons, celui des sorciers
(7).
Et parmi ces magies
« domestiques » dites « de femme » figure la « magie
de liens » et celle « d’écriture ». La magie de lien, dite
katadesmos (ligature) en grec correspond à un
envoûtement, effectué par un lien (du verbe deisthaï) vers le bas (sens du
préfixe kata-) qui vise à vouer aux puissances infernales(8). La magie d’écriture dite « defixio », substantif latin qui vient du verbe
« defigere », consiste en effet à « ficher », fixer en bas,
transpercer. Il s’agit d’une opération magique par laquelle on plante un clou,
on torture quelqu’un ou un substitut, ici une plaque de plomb (9).
Ceux types de magies,
participent de la même idée : lier quelqu’un à une puissance
surnaturelle.
Celui qui voulait agir
contre un adversaire concluait avec les divinités souterraines une sorte de
pacte : il
leur donnait/liait son adversaire et priait ces divinités d'accomplir, ce qu'il
ne pouvait faire lui-même, sur ce qu’il venait de leur offrir/lier (10).
Les Gaulois ont empruntés
cette sorcellerie par l’écriture à leurs nouveaux maîtres. Cette procédure
magique est attestée dans tout le bassin méditerranéen dans l’Antiquité.
Ainsi, les « plombs du
Larzac » sont des missives adressées à une divinité infernale (11) afin de renvoyer à des sorcières le mauvais
sort qu’elles ont jeté, de répondre à la magie noire par un dispositif de
« contre-magie ». Mais c’est aussi
le plus long texte gaulois connu à ce jour et celui qui a réservé aux
linguistes des surprises considérables, non seulement parce qu’il apportait des
mots nouveau d’une « indo-européanité exemplaire », mais surtout
parce qu’il apportait de véritables révélations sur la morphologie et sur la
phonétique de la langue gauloise
La copie de ces plaques de
plomb peut se voir au MUSEE DE
L'HOSPITALET, Place des
Cygnes, 12230L'HOSPITALET DU LARZAC, pour
les visites renseignez vous auprès de la mairie :
http://www.lhospitaletdularzac.fr
Pour
en savoir plus:
_________________________________
(1) A. Vernet Gallia XLIII 1985)
(2) (4) (9) (11) "Oublions un instant la magie d’internet : découvrons
la tablette d’exécration de Rom et à Poitier, un charme contre
l’impuissance ; Comment parler d’une tablette de plomb ou d’argent sans
rompre le charme", Par Denis Montebello Photos, Sébastien Laval et Loïc Hamon
RMN, in L’actualité poitou-charentes, n° 53, p. 25
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