A quelques heures de marche deSaint-Paul-des-Fonts, au lieu-dit la « Vayssière », dans la nécropole gallo-romaine de l’Hospitalet-du-Larzac, on a découvert les traces d’un terrible affrontement de magie noire entre deux clans de sorcières Gauloises qui eut lieu à la fin du Ier siècle après JC.

Sur la grand-route antique de Millau à Lodève, existait aux environs de l’Hospitalet-du-Larzac, un relais antique avec son habitat gallo-romain et sa nécropole. En août 1983, la sépulture 71 fut fouillée par M. Alain Vernhet (1). Cette tombe, datée de 100 après J.C., consistait en une fosse à la dimension du corps sur laquelle avait été pratiquée l’incinération.

Le mobilier funéraire avait été disposé sur les cendres. Il se composait d’une quarantaine de vases et une bague avec chaton en pâte de verre (2). Dans un petit caveau annexe (3) , une poignée de débris osseux et de cendre avait été placée, à titre symbolique, dans une urne. Sur l’orifice de cette urne funéraire étaient posés, l’un sur l’autre, deux fragments d’une plaquette de plomb. Ces plaques ont subi des traitements violents, brisées, cassées sur les bords, percées en leur milieu, elles portent les traces d’un acte de sorcellerie (4) et le plus longs textes écrits en langue gauloise trouvé à ce jour.

Les textes figurant sur ces plaques pourrait être traduit ainsi (5) :

Face 1a

« Envoie le charme de ces femmes contre leurs noms (qui sont) ci-dessous; cela (est) un charme de sorcière ensorcelant des sorcières. Ô Adsagsona, regarde deux fois Severa Tertionicna, leur sorcière de fil et leur sorcière d'écriture, qu'elle relâche celui qu'elles auront frappé de defixio; avec un mauvais sort contre leurs noms, effectue l'ensorcellement du groupe ci-dessous [...] »

Face 1b

« [...] que ces femmes ci-dessus, nommées, enchantées, soient pour lui réduites à l'impuissance [...] »

Face 2a

« [...] tout homme en fonction de juge, qu'elles auraient frappé de defixio, qu'elle annule le defixio de cet homme; qu'il ne puisse y avoir de sorcière par l'écriture, de sorcière par le fil, de sorcière donneuse, parmi ces femmes, qui sollicitent Severa, la sorcière par l'écriture, la sorcière par le fil, l'étrangère [...] »

Face 2b

« qu'elle n'échappe pas au mal de l'ensorcelée [...]

Tout d’abord, il convient de remarquer que la phrase initiale : «  insinde se bnanom brict[m i] eianom anuana » indiquerait que le texte n’est qu’une contre-mesure visant à retourner contre elles-mêmes des sorts jetés par des magiciennes ennemies. En outre, les termes « bnanom brictom » ferait référence à la magie des femmes. Or c’est là une antique tradition celtique que l’on retrouve dans la littérature du vieil-irlandais : ainsi Patrice demandât il à Dieu de le protéger, entre autres dangers contre les trois pouvoirs magiques qu’il peut avoir à affronter : celui des femmes, celui des forgerons, celui des sorciers (7).

Et parmi ces magies « domestiques » dites « de femme » figure la « magie de liens » et celle « d’écriture ». La magie de lien, dite katadesmos (ligature) en grec correspond à un envoûtement, effectué par un lien (du verbe deisthaï) vers le bas (sens du préfixe kata-) qui vise à vouer aux puissances infernales(8) . La magie d’écriture dite « defixio », substantif latin qui vient du verbe « defigere », consiste en effet à « ficher », fixer en bas, transpercer. Il s’agit d’une opération magique par laquelle on plante un clou, on torture quelqu’un ou un substitut, ici une plaque de plomb (9).

Ceux types de magies, participent de la même idée : lier quelqu’un à une puissance surnaturelle.

Celui qui voulait agir contre un adversaire concluait avec les divinités souterraines une sorte de pacte : il leur donnait/liait son adversaire et priait ces divinités d'accomplir, ce qu'il ne pouvait faire lui-même, sur ce qu’il venait de leur offrir/lier (10).

Les Gaulois ont empruntés cette sorcellerie par l’écriture à leurs nouveaux maîtres. Cette procédure magique est attestée dans tout le bassin méditerranéen dans l’Antiquité.

Ainsi, les « plombs du Larzac » sont des missives adressées à une divinité infernale (11) afin de renvoyer à des sorcières le mauvais sort qu’elles ont jeté, de répondre à la magie noire par un dispositif de « contre-magie ». Mais c’est aussi le plus long texte gaulois connu à ce jour et celui qui a réservé aux linguistes des surprises considérables, non seulement parce qu’il apportait des mots nouveau d’une « indo-européanité exemplaire », mais surtout parce qu’il apportait de véritables révélations sur la morphologie et sur la phonétique de la langue gauloise

La copie de ces plaques de plomb peut se voir au MUSEE DE L'HOSPITALET, Place des Cygnes, 12230L'HOSPITALET DU LARZAC, pour les visites renseignez vous auprès de la mairie : http://www.lhospitaletdularzac.fr

Pour en savoir plus:

"Le plomb magique du Larzac et les sorcières gauloises", LEJEUNE Michel ; FLEURIOT L. ; LAMBERT P. Y. ; MARICHAL R. ; VERNHET A. ;

_________________________________

(1) A. Vernet Gallia XLIII 1985)

(2) (4) (9) (11) "Oublions un instant la magie d’internet : découvrons la tablette d’exécration de Rom et à Poitier, un charme contre l’impuissance ; Comment parler d’une tablette de plomb ou d’argent sans rompre le charme", Par Denis Montebello Photos, Sébastien Laval et Loïc Hamon RMN, in L’actualité poitou-charentes, n° 53, p. 25

(7) « …fri brichtu ban ocus gobann ocus druad » (Stokes-Strachan, Thesaurus paleohibernicus II, p. 357). Rapprocher v. irl. Brichtu ban de gaul. Bnanom brictom. In http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1984_num_128_4_14218